Voter, c'est abdiquer.
Ranimons la démocratie !

Antoine Peillon

Voici le manifeste du boycott civique de l’élection présidentielle de 2017. Depuis la Libération, la prétendue démocratie représentative n’a jamais produit autant de révolte des citoyens. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à se libérer d’un devoir de voter qui a viré à l’absurde. La rupture radicale avec ce rituel épuisé est un appel à l’action. Elle inaugure la reconquête de notre souveraineté.

Plus de 20 millions de non-votants.

Sur près de 45 millions d’inscrits, au moins 9 millions s’abstiendront résolument, consciencieusement et bruyamment, lors de l’élection présidentielle ; plus de 2 millions feront l’effort de déposer bulletins blancs ou nuls dans les urnes ; ils seront quelque 3 millions de non-inscrits et 6,5 millions de « mal-inscrits ». En 2012, déjà, François Hollande n’a été élu qu’avec 18 millions de voix, à comparer avec les plus de 20,5 millions de non-votants…


S’abstenir, un acte rationnel et volontaire.

Le boycott affirmé des urnes présidentielles sera fondé en raison, car les raisons de ne pas voter sont désormais indéniables. Les exposer est l’un des projets essentiels de ce livre où l’expérience du journaliste d’enquête sera autant mobilisée que les analyses savantes de notre monde.

Corruption, dislocation du patrimoine social, explosion des inégalités, dictature exécutive, violence sécuritaire incontrôlée, fermeture brutale des frontières… sont autant de malfaisances oligarchiques qui appellent l’abstention volontaire.

Example photo
Sabotons donc la présidentielle du printemps 2017 par une désobéissance civile digne de Thoreau, de Gandhi et de Martin Luther King. Boycottons le train-fantôme d’un scrutin morbide organisé par les disciples de Louis XIV et de Napoléon le Petit, comme les démocrates américains boycottèrent, avec un succès mémorable, les bus ségrégationnistes de Montgomery.

« Voter, c’est abdiquer, c’est renoncer à sa propre souveraineté. N’abdiquez donc pas, ne remettez donc pas vos destinées à des hommes forcément incapables et à des traîtres futurs. Ne votez pas ! »

Élisée Reclus, 1885.

La Rupture
en 95 thèses


Destinées à montrer progressivement l'indécence à l'élection présidentielle et la vertu de l'insurrection démocratique.


Le mensonge administratif et politicien, notamment sur la situation sociale catastrophique de millions de Français, atteint aujourd’hui l’insupportable. Pour prendre l’exemple le plus récent, la manipulation de François Hollande et du gouvernement de Manuel Valls sur les statistiques du chômage, de la précarité et de la pauvreté en est, depuis janvier 2016 surtout, l’un des symptômes les plus répugnants.

Les politiques professionnels sont, pour nombre d’entre eux, plus corrompus que jamais. Transgressant les lois, disloquant le patrimoine social et privatisant systématiquement le(s) bien(s) communs(s) au profit d’intérêts personnels ou claniques sans fond (pléonexie), ils bafouent nos espoirs et trahissent spectaculairement les promesses par lesquelles ils illusionnent celles et ceux – voix désormais minoritaires – qui instituent, valident et confortent même l’oligarchie globalisée par la seule voie clientéliste des urnes.

Le régime régalien de la Ve République a atteint, par l’instauration en novembre 2015 de l’état d’urgence sans cesse prolongé, et par l’abus à répétition du fameux 49-3 (lois Macron et El-Khomri), un point de non-retour dans la mutation historique – commencée dès les années 1930 – de la République parlementaire en un régime exécutif autoritaire, inégalitaire et oligarchique. Le coup d’État est permanent, de fait, et il s’impose par une violence sécuritaire incontrôlée, une précipitation géopolitique dans la guerre soi-disant antiterroriste, une fermeture barbare des frontières et une propagande qui ruinent, en synergie, la richesse de la nation et la confiance du peuple.

« Alors, que faire ? » me demande-t-on souvent. Telle est, plus que jamais, la question. « Eh bien, faire ! », et même « faire l’histoire ». Telle est la réponse. À l’âge de fer d’une « fin de l’histoire » postulée par une oligarchie prédatrice et nihiliste qui imagine son empire à l’abri du chaos, son hyper-richesse à l’abri de l’effondrement systémique, nous répondons déjà par l’âge du faire, par le « demain » – déjà d’aujourd’hui – de l’action civique quotidienne, de la réparation du monde et de la Transition.

« C’est une erreur de penser qu’une forte abstention favoriserait mécaniquement l’extrême droite en s’imaginant que, par nature, son électorat radical se mobiliserait davantage que ceux des partis de gouvernement. Les dirigeants du FN disent d’ailleurs eux-mêmes que l’abstention est leur principal adversaire. »
Jérôme Fourquet, directeur du département « opinion » de l’Institut français d’opinion publique (Ifop), dans La Croix, le 14 mars 2012.

#rupture S’abstenir. Serait-ce par passivité, paresse et fatigue démocratiques, apathie et irresponsabilité civiques, indifférence vis-à-vis du bien commun, cynisme, stupidité, haine primitive des élites, comme le serinent les chiens de garde patentés, et de plus en plus agressifs (ils proposent depuis peu le « vote obligatoire »), d’un régime oligarchique fondé sur le système ultralibéral mondialisé, tous deux au bord de l’effondrement ? En réalité, le mépris de classe, la culpabilisation médiatique et, maintenant, la menace experte qui pèsent en surplomb sur les abstentionnistes majoritaires ont fait long feu. Ces pris à partie ont épuisé tous leurs ressorts mensongers. Ce geste de rupture, radicalement politique, est avant tout un appel à l’action. Il exprime la volonté on ne peut plus démocratique de reconquérir notre souveraineté. Il est fondé en raison, car les raisons de ne pas voter, de s’insurger contre la bérézina démocratique, sont désormais les plus fortes. Il est donc nécessaire de les exposer et de les justifier de la façon la plus rigoureuse, ce qui est l’un des projets essentiels de ce livre, où mon expérience de journaliste est autant mobilisée que les analyses savantes de notre monde.

#coup (d’arrêt) Face à la violence massive de ce régime politique usé jusqu’à la corde, le coup d’arrêt populaire s’impose. Et il ne viendra pas d’une élection présidentielle qui est la clef de voûte d’une Ve République constitutionnellement taillée autour du « domaine suprême » et de « l’autorité indivisible » du chef de l’État, selon le modèle bonapartiste qui inspira beaucoup le général de Gaulle. Il faut savoir dire « assez ! » afin de « changer de République ». Destituer les intoxiqués au règne, à la puissance et à la gloire. L’enjeu de ce coup d’arrêt nécessaire est désormais, de mon point de vue, d’un ordre autant métaphysique (eschatologique) que politique, d’un enjeu où il en va du bien et surtout du mal dans l’histoire.

Ecrivons-nous

Envoyez-nous un email ici : email.

Lisons-nous

Retrouvez-nous sur Twitter, Facebook et sur le blog Le Veilleur.